jeudi 8 juin 2017

La sagesse des langues africaines...

« What’s wrong with the world, mama? People livin like they ain’t got no mamas », chantait l’artiste Will.I.Am du groupe The Black Eyed Peas, dans leur méga succès « where’s is the love? ».


Le chanteur engagé se questionnait à haute voix, se demandant où est l’amour ? Par ce cri du cœur, il constatait son impuissance face au dérapage de son monde. Un monde qui semble avoir perdu ses repères, qui porte à croire qu’il a effacé la trace de l’origine des choses.

Et si pour résoudre ces maux, nous cherchions dans l’étymologie des mots ?

Oui, et si cette racine se trouvait dans les langues africaines ?

En effet, le premier homme moderne venant d’Afrique, il est cohérent d’affirmer, qu’il en irait de soi pour la première langue. Cette dernière nous révélerait l’état d’esprit de notre ancêtre commun.

Cette sagesse des « anciens », nous aiderait surement à trouver un point d’ancrage, un rempart de notre humanité à l’heure où Google s’active à créer des robots par l’intelligence artificielle, au moment où Zhao Bowen et le BGI (Beijing Genomics Institute) menacent notre diversité par leur obsession de créer une race de bébés génies. 

Les langues africaines nous ramènent à la raison, elles nous font découvrir la conception, tout autre, qu’avaient les premiers occupants de l’univers qui nous entoure.

Le déchiffrement d’une langue comme le Meroïtique est une véritable quête du Saint Graal, qui pourrait traiter plusieurs questions sans réponses de notre temps.

En ce sens, ces anciennes langues d’Afrique devraient être le rêve de tous historiens, archéologues, chercheurs, bref, tous ceux-là qui ont hérités d’une âme fouineuse. L’un d’eux se nommait Martin Bernal, dans sa thèse « Black Athena », il démontre que près de la moitié des mots Grecs sont d’origines africaines. D’autres grands « fouineurs » comme le linguiste Théophile Obenga, aborde dans le même sens selon son ouvrage intitulé : L'égyptien pharaonique : une langue négro-Africaine.

Les langues africaines ont réponses à tout, là où aujourd’hui nous détruisons la nature, ces langues ont tout nommé par rapport à leur espace naturelle. Elles sont intimement liées au cosmos.  Ainsi, en Lingala, langue issue du Bobangi et majoritairement parlée en R.D. Congo, on appelle une année de 365 jours, la pluie (mbula). On nomme un mois de 30 jours, la lune (sanza). On calcule donc le temps, savamment, à partir de l’environnement.

De nos jours, à l’époque de l’individualisme, du chacun pour soi, là encore, nos chères langues africaines rectifient le tir.  Effectivement, toujours en lingala, le mot bomoko se traduit en français par « ensemble », or, il signifie littéralement « le caractère de l’un », comme pour dire que la personnalité de l’individu, c’est d’abord le groupe. Cette notion rejoint celle d’Ubuntu, en langue Xhosa, qui se traduit par « je suis, parce que nous sommes ».

Notre cher 21 e siècle est comme une automobile qui file à 100 à l’heure sur l’autoroute du progrès. Le pied toujours plus lourd sur la pédale, les yeux constamment rivés droit devant. Toutefois, en bon conducteur, nous nous devons de jeter un coup d’œil sur le pare-brise, cela s’avérerait plus sage et pourrait, sans aucun doute, nous sauver la vie.


Guy-Serge Luboya

lundi 27 mars 2017

L'idée Tshisekedi

Dans les rues de Kinshasa (Congo), une femme,
avec une bougie, porte l’effigie de Tshisekedi.
« Je ne suis pas un homme, je suis une idée » disait Patrice Lumumba en parlant de sa personne. Être une idée ? Mais oui ?!  Pourquoi n’y avons-nous  pas pensé avant ?


Voilà, un concept de génie. Car, en effet, pour marquer les esprits, vaut mieux être une idée qu'un homme. L'idée a plus d'espérance de vie que l'homme. 

L'homme ne résiste pas aux saisons, l'une d'elles finira par le décomposer, le retourner poussière. Peut-importe l'intensité de son passage sur terre, la séquence terrestre du Muntu est insignifiante dans le film de l'univers. Mais qui sait jusqu'où peut aller une idée ?

Elle n'a pas d’ego, donc ne réagit pas à la flatterie, est immunisée à la jalousie. L'idée transcende les époques, bien qu'égratignée par quelques erreurs de traductions et mauvaises interprétations, elle garde son canevas à travers les âges. Elle devient sienne à celui qui se l'approprie, qui la défend avec zèle, sans l'étouffer dans le fanatisme. 


Car les fanatiques de l'idéaliste son contre-productifs à l'idéal. L'idée ne nécessite pas de fans, en revanche, il lui faut des critiqueurs, des empêcheurs de tourner en rond, qui vont continuellement la « challenger ».

Si l'homme peut avoir besoin de bras pour commander, l'idée est dépendante des têtes qui vont la revisiter.

Un proverbe Chinois nous dit que « quand le sage montre le ciel, l'imbécile regarde le doigt ». Le ciel c'est l'idée, le doigt c'est l'homme. Ne regardons donc pas l'homme, il n'est qu'humain, trop humain. Regardons l'idée, elle est le comme le ciel: incommensurable, surprenante, et porteuse d'étoiles. 

Astres qui ont pour mission de faire rejaillir sous de nouveaux cieux, cette idée d'un Congo décomplexé, adulte et uni.

Cette idée d’état de droit. Cette conception noble de la chose publique qu’avait Dr. Étienne Tshisekedi. Être préoccupé par la prochaine génération au point d’oublier la prochaine élection. Redonner à la politique ses lettres de noblesses, lui rhabiller de manière plus respectueuse, afin qu’elle n’attire plus tous ces aventuriers à la recherchent de légèreté, tous ces crevards qui ne jurent que par l’aventure.   

L’idée d’un peuple d’abord, qui se prend en charge et assume son destin. L’idée de reprendre le contrôle de son corps, de son esprit, de son sol.

Aujourd'hui, 2 mois après sa mort, cette idée, ce n'est pas tout ce qui reste de Tshisekedi, cette idée, C’EST tout Tshisekedi.

Cette idée c'est la mienne, c'est la tienne, c'est la nôtre.



Mayamba Luboya



mercredi 28 décembre 2016

Les enfants des autres

Manifestation contre le pouvoir  à Kinshasa.  
À ses enfants, on dira : « allez à l’école, marchez d’un pas assuré, surveillez vos fréquentations, soignez vos relations, regardez les gens dans les yeux lorsque vous conversez, donnez une poignée de main ferme, ne faites pas un travail insignifiant. » Aux enfants des autres, on ne dira rien.

S’ils n’ont pas de père, de mère, ou les deux, et bien ils se débrouilleront tout seuls. Ils apprendront sur le tas, à coups d’essais-erreurs, les dures réalités de la vie et ses nombreux non-dits.

Pendant qu’on veille à l’éducation de ses enfants, les envoient dans les universités les plus cotées du monde, les enfants des autres sont dans la rue, à manifester en esquivant des balles réelles, pour un lendemain meilleur au pays.  Quand ce lendemain arrivera, ce seront les enfants dépêchés étudier ailleurs, qui, bardés de diplômes d’institutions prestigieuses, reviendront occuper les postes d’envergures des nouvelles organisations.

Et pourtant, les enfants des autres sont à la première ligne du combat. Ils ne passent pas sur les grands médias, mais ils sont les porte-voix du changement. Rien n’y fait, ils sont quand même tenus à l’écart des vraies discussions, ils n’ont pas connaissances des tenants et aboutissants.

Ils sont invités à table, sans recevoir le menu. Ils n’ont pas le loisir de choisir, d’ailleurs, ils ne savent même pas vraiment ce qu’ils mangent. Mais ce qu’ils ignorent par-dessus tout, c’est que c’est à eux que reviendra l’addition. Ils seront facturés un prix hors norme pour ce repas qu’ils n’ont jamais commandés.

Les pragmatiques nous dirons : « on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs », ils oublieront d’ajouter : « bien entendu, les œufs doivent provenir d’une autre poule ».  
Tant que ce n’est pas dans ma cour, jusqu’ici tout va bien…

Les enfants des autres sont-ils le sacrifice humain du changement de système sur la terre mère ? Car, force est de constater que l’importation en terre africaine, du concept grec de démocratie, vient avec une facture extrêmement salée.

Il semble que l’Afrique, le continent de l’arbre à palabres, le pays du gagnant-gagnant, a beaucoup de mal à adhérer spirituellement à cette théorie de : « j’ai gagné parce que j’ai plus d’amis que toi. » Le pied africain serait-il trop gros pour la chaussure démocratique ? Un président peut-il céder sa chaise sans emporter des âmes innocentes avec lui ?

Récemment en RDC, des jeunes gens ont osés occuper la chaussée pour démontrer leur mécontentement a un pouvoir qui ne veut pas lâcher après avoir expiré tous les mandats possibles. Ils ont marché pour tenter d’être plus efficace que l’opposition congolaise qui ne cesse d’avancer et de reculer, tel une danse de tango sans fin avec leurs frères ennemis de la majorité.

Résultat de cet affront ?

Une quarantaine de cette belle jeunesse ont perdu la vie, une centaine de blessés physiquement, plus de 400 emprisonnés, et plus d’un millier heurté psychologiquement.

Ce n’est qu’après cette catastrophe que la mouvance, les opposants, et une église au beau milieu du village, accepte de s’assoir et discuter pour trouver un accord.

Il aura fallu tous ces morts pour réunir tout ce beau monde. Encore une fois, les grands absents à ce rendez-vous sont…les enfants des autres.




Mayamba Luboya 

dimanche 18 décembre 2016

Le temps d'écrire...



Des jeunes s’affairent à la lecture sur le « trottoir du savoir » à Brazzaville.
Credit photo : ©BaudoinMouanda
Je me suis fait poser la fâcheuse plus d'une fois au cours des dernières semaines : ''mais Guy-Serge, tu as cassé ta plume ? Tu n'écris plus sur ton blogue''.

Ils ont bien raisons de me relancer, et j'aurais bien tort de trouver des excuses.

Je serais prétentieux de dire que je n'ai pas le temps d'écrire. Qui a du temps dans notre nouveau monde 2.0 ? Beaucoup maîtrisent leur montre, mais personne ne dompte vraiment son temps. Le temps, on le saisit, le créé, au pire, le bouscule, mais on ne le possède pas.

Bien sûr qu'écrire requiert du temps, mais pas n'importe lequel, celui des habitants du pays de Cocagne. Celui-ci qui est élastique, celui- là qui ressemble à un temps mort pour reprendre son souffle, un arrêt sur écran pour commenter.

Quand on sait que le physicien Albert Einstein, monument de la sphère du savoir, dormait jusqu’à 12 heures par jour, nous sommes en droit de nous poser la question suivante : l'oisiveté est-elle nécessaire au travail intellectuel ?

L'homme de réflexion serait-il condamné à être un Oblomov des temps modernes ?

Bien que sombrer dans l'Oblomovisme serait une alternative outrancière, le penseur doit ralentir là où tout le monde accélère, ce n'est qu'ainsi qu'il remarque les détails qui échappent aux yeux de ses contemporains, trop affairés qu'ils sont, à danser sur le rythme de cette chanson dont le titre est ; le temps c'est de l'argent.

L'auteur rigoureux doit réfléchir, oui, mais aussi, anticipé les contre-réflexions de ses lecteurs, et y répondre d'avance. De cette manière, s'il reçoit des contre-arguments une fois son texte publié, ils ne seront que bénéfiques pour lui, car ils lui apporteront une nouvelle façon de voir les choses qui lui était totalement inconnu.

Notre espace temporel, bête noire de nos savants, nous a toujours compliqué la vie. Sa relativité crée des inégalités. En effet, même si nous avons tous 24 heures dans une journée, elles diffèrent d’un individu à l’autre. Untel trouvera 24h toujours trop courtes, l’autre juste assez, et même que certains les trouvent trop longues...

Cela est donc lié à notre activité, le temps prend la forme de la tâche qui l’occupe, et non l’inverse, comme voudrait nous le faire croire les dérives du libéralisme économique. Il est ainsi une question de qualité, et non de quantité. Du temps oui, mais pas n’importe lequel. Toute exercice à son type de temps. Le temps de couper du bois d’un bûcheron n’est pas le temps de rédiger d’un écrivain. Le temps de plaidoyer d’un avocat, ne sera jamais le temps d’éduquer d’un parent. Et ainsi de suite, le temps nous impose ses caprices.

Certains peuples, dont ceux du Sud du Sahara, ont remarqués cela depuis des lustres. Voilà pourquoi ils n’ont jamais eu un regard linéaire du temps. Sous le soleil africain, le temps a toujours été une grosse roue qui ne cesse de tourner en répétant les mêmes événements.

On ne réinvente pas la roue, dit-on. Je me suis donc soumis aux étrangetés de celle-ci pour composer cette rédaction.   


J’espère que vous aurez...le temps de lire.



Guy-Serge Luboya


jeudi 30 juin 2016

Ô 30 Juin : Mes pères

Le gouvernement Congolais du 30 juin 1960



Ce matin, j’ai pensé à mes pères
en cherchant mes repères 

En lisant sur la lutte des classes, et la théorie des races
J’ai songé à Lumumba, Kanza, Kamitatu Cléophas





Ils étaient jeunes dans un monde de vieux
Naïfs dans un univers vicieux
Mes pères étaient plus sensibles qu’on le pense
Mais même avec la peur aux yeux, le cœur au ventre compense 


Ils avançaient sans vraiment avoir ciblés le but
En revanche, ils étaient convaincus de ce qu’ils ne voulaient plus
Galvanisés par cet inlassable désir d’êtres des hommes
Ceux qu’on considérait comme des sous hommes, sont devenus des surhommes 


Crayon à la main droite, prêts à dessiner leur route sur cette table à dessin
Efface à la main gauche, prêts à supprimer les voies piégés misent par le Colon sur leur destin
Marchant sur le chemin de la liberté, pas à pas, petit à petit
Affrontant les péripéties et payant le prix pour voir un pays


Chanceux dans leur malchance, car pour les courageux, la chance a un parti pris
Et le doute est vite parti devant l’assurance de ceux qui participent à fonder une patrie
À jamais je leur serai reconnaissant, de mon esprit ils ne seront jamais loin
Ce matin, j’ai pensé à mes pères en ce 30 Juin 


Guy-Serge Luboya