jeudi 13 septembre 2018

« Kibongai », le mal congolais


Les leaders de l'opposition Congolaise en reunion à Bruxelles

Kibongai est un terme Kinois, un argot inventé, comme beaucoup, par le milieu populaire de la ville de Kinshasa, capitale de la RDC. 

Ce mot est une autre création de l’imagination débordante et du sens de l’humour légendaire des jeunes citadins congolais. Le mot se prononce Ki-bo-ngaï



En lingala, langue vernaculaire en RD Congo, Ki est un préfixe, ainsi, précédant un mot, il vient en formuler un autre qui à son tour devient un dérivé du radical. Ce second mot débutant par ki indique la « personnalité » du premier. Exemple, « Mwasi » signifie femme, kimwasi désigne donc la féminité. « Mobali » se traduit homme, kimobali veut alors dire masculinité, et ainsi de suite.

Bo, est un autre préfixe. Il désigne lui aussi le caractère du mot qu’il précède, exemple, solo signifie « vrai », bosolo veut dire « ce qui est vrai », la « vérité ».  

Ngai signifie, moi.

L’expression kibongai compte donc un double préfixe. On peut interpréter Bongai par « ce qui est moi », et ensuite, kibongai, par le « caractère de ce qui est moi ».

Traduire, c’est trahir dit-on, cette interprétation de kibongai est le rapprochement le plus près que l'on peut concevoir dans la langue de Molière.  


Toutefois, ce que kibongai veut véritablement dire dans l’esprit Kinois c’est : rien que moi. Le kibongai est à mi-chemin entre un fort besoin de reconnaissance et le ressentiment d’une jalousie. Ce n’est pas seulement le besoin d’être au-devant de la scène, c’est vouloir être seul sur scène, carrément être le spectacle. C’est une mentalité de compétition malsaine et destructrice. Elle est sournoise puisque omniprésente dans les communautés congolaises. 


Des musiciens aux politiciens, en passant par les pasteurs, le kibongai n’exclut aucun groupe, il ne discrimine aucune classe sociale. 


Le kibongai est un long héritage de la vieille stratégie coloniale de diviser pour mieux régner et de la culture de l’homme fort qui prévaut en Afrique. Dans cette tradition, il n’y a de place que pour les premiers, les autres étant souvent effacés de la mémoire collective. Qui se rappelle encore de Mpolo et Okito ? Eux qui ont pourtant subi le même sort atroce que Lumumba. Qui peut nommer, sans googler, le numéro 2 des grands partis politiques en RDC ? 


Ennemi redoutable, souvent négligé, le kibongai est la bête noire de la classe politique congolaise. C’est d’abord lui, bien avant les facteurs externes, qui bloque la gâchette de l’Afrique si chère à Frantz Fanon. 


Les concepteurs de ce jargon ne sont donc pas allés chercher bien loin pour en trouver l’inspiration. Le premier citoyen du pays pendant 32 ans en était un parfait exemple, « après moi, le déluge », scandait le président Mobutu, qui ne croyait pas si bien dire. Mais, le Maréchal n’est pas le père de cette pensée. Bien avant lui, le M.N.C, premier parti politique national du Congo, espoir de tout un peuple, se disloquait peu de temps après sa conception, victime d’une guéguerre de leadership. Là encore, le kibongai avait frappé. 


Tous les membres étaient pourtant convaincus de la nécessité de sortir de la colonisation, tous, ou presque, aimaient le Congo profondément, mais les choses se compliquèrent lorsqu’il fallut s’entendre sur la direction de l’organe. Il s’agissait de la première fois, et non la dernière, que le patriotisme congolais perdait sa bataille contre l’égoïsme traditionnel.  


Encore aujourd'hui, s’il y a près de 700 partis politiques au Congo, ce n’est vraiment pas parce qu’il y a 700 idéologies distinctes. La vérité, c’est qu’il y a 700 égos à nourrir. 


La nouvelle classe de dirigeants se retrouve devant un défi majeur, qui a eu gain de cause sur leurs aînés. 


« Le Congo est grand, il demande de nous de la grandeur », dixit Patrice Lumumba.


Mayamba Luboya 

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