mardi 9 juin 2015

S'habiller pour survivre

Avez-vous déjà entendu parler de la 
« sapologie » ? Non, ce n’est pas l’étude qui mène à l’obtention du diplôme de sapeur-pompier. Ce n’est guère non plus une science rare enseignée à la Sorbonne ou à Harvard.

Cela n’empêche pas les théoriciens de la sapologie d’être reconnus mondialement. En 2014, ils sont les vedettes d’une publicité de bière de la brasserie Irlandaise Guinness. La réputée chanteuse Solange Knowles fait aussi appel eux pour un de ses vidéoclips. 

La sapologie, c’est le ce terme inventé par les « sapologues », statut dont se revendique des individus mettant l’habillement en tête de liste dans leur catalogue de valeurs. Au diable la pyramide de Maslow, si ventre affamé n’a point d’oreille, il a au moins une belle cravate.

Les sapologues ne rigolent pas avec la sape. Il y a des guerres fratricides entre adeptes de la mode. Untel publie une vidéo sur le net pour exposer un autre qui n’a pas assez bien agencé ses couleurs ou porte des copies conformes. Parfois même, ils en viennent aux poings. S’accusant mutuellement d’avoir mentis sur le prix d’un blouson ou d'une paire de chaussure.

Il arrive que les affrontements prennent une dimension spirituelle. Car oui, les sapologues ne sont pas athées, mais n’allez pas croire qu’ils sont convertis aux religions dominantes, ça serait mal les connaitre, ils ont beaucoup trop d'originalité pour ça. En fait, la seule connivence entre leur croyance et les grandes traditions religieuses abrahamiques, est le monothéisme.

Effectivement, tenez-vous bien, nos hommes tirés à quatre épingles ont leur propre Divin, le Dieu de la sape. Ce dernier est invoqué en cas de difficulté vestimentaire ou pour troubler un adversaire.

Vous lisez ces lignes et vous avez envie de rire, vous n’êtes pas le seul, l’auteur de ce texte aussi. Mais, une petite recherche dans l’existence de nos sapologues nous enlève notre sourire moqueur pour le remplacer par un regard attristé.

Car malgré ces tenues aux couleurs vives, la vie n’est pas aussi rose qu’ils aimeraient nous faire croire. La majorité d’entre eux s’habillent au-dessus de leurs moyens, leurs gagnes pains ne pouvant supporter ce goût pour la luxure.  

Alors, comment font-ils pour être toujours bon chic bon genre ? Bien souvent de la gestion de priorités version sapeur. C’est-à-dire, couper dans les besoins essentiels pour investir dans le textile. Tous ceux qui connaissent un peu le milieu de la sape sont au courant du mythe de l’homme griffé qui dort à même le sol dans un logement insalubre. Le paradoxe est poignant et vient nous prouver une fois de plus que tout ce qui brille n’est pas or.

Je vois venir votre prochaine question ; mais pourquoi se donner tant de mal rien que pour s’habiller ? C’est parce qu’on ne parle plus d’habillement ici, on est à mille lieues de la mode. On est davantage dans la quête du bonheur, d’estime de soi. Cette recherche aveugle de bien-être force le sapeur à ne plus s’apercevoir du tort que la sapologie crée dans sa vie.

Bien qu’il puisse y avoir une certaine admiration pour le côté extravagant de la chose, la sapologie est une véritable pathologie qui nécessiterait des centres d’aides, et dont il ne faut surtout pas prendre à la légère.

Le sapologisme devient ainsi comme l’alcoolisme. Si les grands buveurs trouvent leur réconfort au fond d’une bouteille de Bacardi, les grands sapeurs se consolent dans un costume trois pièces signé Jean-Franco Ferre.  

Par ces moments de richesse éphémères et ces défilés de mode permanents, les sapeurs ont trouvés le chemin par lequel ils veulent fuir leur quotidien.

Le souci, c’est que la réalité est patiente. Elle vous attend toujours tranquillement après que le véhicule de l’illusion vous ai fait faire un cul de sac.

Guy-Serge Luboya




  

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