vendredi 16 octobre 2015

Demain l'Afrique : Pour un leadership commun



L’Afrique est une véritable usine de fabrication de sauveurs. Ces hommes et femmes qui, veulent ou doivent, porter sur leurs petites épaules le poids d’une nation entière. Le continent mère déborde d’histoires rocambolesques d’individus affrontant presque seul tout un système. Nous n’avons qu’à penser aux Sankara& Lumumba pour illustrer quelques cas.
Les sauveurs sont adulés des africains épris de liberté et justice. On les admire pour leur courage, leur sens sacrificiel et leur indépendance d’esprit. Les écrivains et réalisateurs ont immortalisées leurs vécus dans des livres et films qui ont connus un grand succès.
Fort de cette promotion, la nouvelle jeunesse africaine veut emboîter le pas à ces héros, et là est tout le problème. Pourquoi recopier une formule qui ne marche pas depuis des lustres ? 
En effet, autant nous admirons les Lumumba, Sankara, et autres, nous nous devons de mettre de côté nos émotions afin de pouvoir revisiter l’histoire sous une analyse à froid. Le constat est simple ; ils n’ont pas réussis. Leurs rêves n’étaient vraiment pas de se faire assassiner à la fleur de l’âge pour ensuite être adulés par des millions d’inconnus à travers le monde. Être un martyr ne devrait être le plan de carrière de personne.
Nos vieux avaient un plan bien défini, une mission à accomplir. Elle s’est soldé par une défaite car ils marchaient très vites sans être vraiment suivis. La lutte a vite pris la forme de leurs visages, et c’était donc ça le piège.
Comment un combat si gigantesque, qu’est la libération d’un peuple, peut-il être personnalisé ?
La faute est partagée. D’un côté par le sauveur, et de l’autre par les appelés à être sauvés. Le premier, incapable de donner au second l’heure juste, d’avouer que sa force a des limites. Le second, dans l’incapacité de se prendre en charge, rejetant constamment sa responsabilité sur le premier.
Cette situation où l’on ne jure que par l’homme providentiel est une mauvaise stratégie. Elle met le leader dans une position d’extrême vulnérabilité et facilite la tâche aux adversaires. Ces derniers n’ont qu’à éliminer le meneur s’ils veulent éradiquer le groupe.
Il y a pourtant des exemples de mouvements qui fonctionnent en groupe. C’est le cas de la confrérie des Frères Musulmans en Égypte. On peut être d’accord ou non avec leurs activités, mais là n’est pas la question. Ne nous attardons qu’à leur style de leadership.
Leur guide suprême est Mohammed Badie, or lors des élections présidentielles Égyptienne en 2012 ce n’est pas le berger spirituel qui présente sa candidature mais un bon et simple disciple du nom de Mohammed Morsi. Ce dernier en prison aujourd’hui, le groupe fonctionne toujours, car Morsi n’a jamais personnifié le combat de ses confrères islamistes.
Il y a d’autres tendances du genre, comme les « Maï-Maï » en R.D. Congo, encore là il y a un leader et des responsables, cependant ceux-ci ont réussis à se fondre dans la masse. Tel que quand on pense au « Maï-Maï » , la première image qui vient en tête n’est pas celle d’un individu mais celle d’un collectif.
L’ancienne génération africaine a été forte à produire des hommes et femmes d’exceptions. Le défi de la nouvelle génération sera de créer des groupes et des systèmes forts.
Car, seuls ces groupes pourront rivaliser à force égale avec les groupes de ceux-là qui hier tournaient autour de l'Afrique pour le diamant, demain le feront pour l'eau.
 
 
Ubuntu : Je suis parce que nous sommes !


Guy-Serge Luboya


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Mon Afrique va craquer