" Nous avons longuement parlé avec Kabila de ce que notre gouvernement considérait comme une faute stratégique de nos amis africains ; face à l’agression manifeste des puissances impérialistes, le mot d’ordre mis en avant était "le problème du Congo est un problème africain" et l’on agissait en conséquence. Nous, nous pensions que le problème du Congo était un problème qui concernait le monde entier. " Ernesto Che Guevara, Dar Es Salam, février 1965.
Mayamba Luboya
Bienvenue sur mon Blog. On parle un peu de tout ici, de l'entrepreneuriat au Québec aux efforts pour un lendemain meilleur en République Démocratique Du Congo. Contact : mayambaluboya@gmail.com. Commandez mon livre ici : https://www.amazon.com/dp/2981691902/ref=cm_sw_r_tw_dp_U_x_0D34CbZVSHWJV
jeudi 30 janvier 2025
Goma : la longue guerre de l’occident impérialiste contre le Congo
" Nous avons longuement parlé avec Kabila de ce que notre gouvernement considérait comme une faute stratégique de nos amis africains ; face à l’agression manifeste des puissances impérialistes, le mot d’ordre mis en avant était "le problème du Congo est un problème africain" et l’on agissait en conséquence. Nous, nous pensions que le problème du Congo était un problème qui concernait le monde entier. " Ernesto Che Guevara, Dar Es Salam, février 1965.
dimanche 20 novembre 2022
Kalala, un nom qui lui allait si bien
![]() |
Kalala Omotunde |
Le 14 novembre dernier, un séisme a secoué le monde kamite et panafricain : le très estimé professeur Omotunde nous a quittés.
Né Jean-Philippe Corvo, devenu Nioussiérê Kalala Omotunde
après un long voyage intérieur, le "très cher" est parti honorer une
citation à comparaitre au tribunal d’Osiris.
Il n’y a qu’un Esprit saint qui ait pu guider Jean-Philippe à
convertir son prénom pour Kalala. Car, l’âme de ce nom luba est intimement liée
à la personnalité que fût l’illustre disparu. Comme si ce prénom l’attendait au
carrefour de sa marche vers une déconstruction totale des mensonges historiques.
Un dicton en lingala ne dit-il pas "kombo elandaka"
ce qui signifie " le nom suit" : une formule concise et
imagée qui résume assez bien ce qu’est la psychologie des prénoms.
En effet, en ciluba, Kalala signifie "celui qui a de la valeur",
"le
valeureux"
(1).
À la base, ce n’était pas un nom commun, mais un titre donné
au 1er guerrier du royaume (2).
Dans le dictionnaire français-tshiluba, Kalala est défini
comme "
sous-chef de guerre, vice-ministre de la défense" (3).
Ce nom est donc profondément associé à la notion de
défense, de préservation.
Dans l’actuelle organisation des sociétés, le Kalala serait ainsi
l’équivalent du chef de la garde républicaine. Il est celui qui permet au chef
de l’État
de dormir sur ses 2 oreilles. Il est en quelque sorte la colonne vertébrale du
pouvoir, car si le Kalala tombe, le chef tombe, si le chef tombe, le pays tombe.
Être un Kalala c’est donc être un gardien du temple, un rempart de la
tradition, un protecteur du corps, ce dernier autant physique que spirituel. D’ailleurs,
l’ancien garde du corps du leader congolais Étienne Tshisekedi s’appelait
Kalala.
Un Kalala doit donc avoir beaucoup d’humilité, car seule une
grande modestie permet à un homme fort de respecter la hiérarchie, de résister
au syndrome d’Iznogoud.
Dans cet univers de gros egos qu’est le monde kamite et
panafricain, il fallait toute l’abnégation d’un Kalala pour rester au-dessus de
la mêlée et éviter les palabres futiles qui fragilisent le mouvement.
Kalala Omotunde a effectué un travail colossal de son vivant,
il a corrigé le tir d’un prénom donné à la naissance qui ne lui correspondait
plus, et a honoré son 2e prénom de renaissance par ses actions.
Que la terre lui soit légère.
Mayamba Wa Luboya
----
(1 )
Remi Biakabutuka, « Les noms lubaphones »,
2004, p. 125.
(2 )
Idem
(3 )
Mathieu Kayoka Mudingay, « Dictionnaire Français-Tshiluba,
3e édition », 2011, p. 92.
Autres sources :
Kizito J. Kalala, « Ciluba, s’initier à la
langue », 2019, 147 p.
jeudi 30 juin 2022
Donner aux Congolais leurs fleurs
500 ans de résistance
Il y a exactement 516 ans avait lieu une des luttes fratricides les plus
célèbres de l’histoire du Congo. Ce jour-là de 1506 à Mbanza Kongo, capitale du
Royaume Kongo, s’entredéchiraient les frères Nzinga Mbemba et Mpanzu a Nzinga
pour le poste de Mani a Kongo laissé vacant par le décès de leur père.
Ce dernier, le chef Nzinga Nkuwu, avait flirté avec le christianisme apporté
par les Portugais à la fin du 15e siècle, avant de s’en détacher, de retourner
aux traditions Kongos et de demander aux missionnaires de rentrer gentiment chez
eux.
Jusque-là, la relation entre les deux états était cordiale avec une
immigration assez active des deux côtés. Pérégrination qui a laissé des traces
indélébiles dans la linguistique. En effet, jusqu’à aujourd’hui dans les
langues congolaises dont le kikongo et le lingala, l’on désigne l’occident par
"poto" (et/ou mputu) : diminutif de Portugal et déformation de porto,
car la lettre r n’existe pas dans l’alphabet de ces peuples.
Mais, la rétractation du Patriarche Nzinga Nkuwu sur la religion chrétienne
et ses missionnaires était trop peu trop tard pour son fils Nzinga Mbemba :
il eut un choc esthétique en lisant les écritures, en plus d’être séduit par la
langue portugaise et de l’adopter. Mbemba était sans nul doute le néophyte le
plus zélé de ce début de 16e siècle en terre africaine. Quant au fils Mpanzu,
il était demeuré très ancré dans les traditions
ancestrales.
Il y avait donc deux visions du monde qui s’opposait. Ce qui devait
arriver arriva : un conflit sanglant entre les deux frères pour la prise
du fauteuil. Appuyé par la puissance de feu du Portugal, Mbemba remporta la
bataille sur son frère Mpanzu, et dirigea le Royaume durant une trentaine d’années.
Il ne le savait pas à l’époque, mais il devenait l’ancêtre de Mobutu : il
était le premier d’une longue lignée de dirigeants congolais qui ne jureraient que
pour et par l’appui d’une grande puissance occidentale pour accéder au
pouvoir.
Le règne de Mbemba fut catastrophique, fortement marqué par des kidnappings
de jeunes et moins jeunes Kongos amenés par bateau comme de la marchandise pour
servir d’esclaves majoritairement au Portugal et au Brésil.
L’histoire aurait pu s’arrêter là, cette agression à elle seule aurait
pu vider le royaume Kongo ou faire de lui le tapis du monde, mais c’était mal
connaitre les ancêtres des Congolais…
Un siècle plus tard, en 1665, les agresseurs se sont multipliés et diversifiés.
La guerre éclate et l’armée est redynamisée pour combattre les envahisseurs. Malheureusement,
elle perd le combat, et la tête du Mani a Kongo est coupée et trainée dans la
ville pour traumatiser le peuple et démoraliser les combattants.
Mais, découragement n’est pas congolais : le début du 18e siècle voit l’émergence de Kimpa Vita, une jeune révolutionnaire mystique. Elle redonne du courage au peuple pour se libérer par l’autodétermination et la confiance en soi. Kimpa Vita fit quelque chose de très intéressant sur le plan spirituel : elle associa les traditions ancestrales à la religion chrétienne, confession devenue dominante dans le royaume. Par ce procédé, elle fut en mesure de ratisser large et de contourner le débat religieux. Elle est elle aussi assassinée en 1706.
En novembre 1884, un conglomérat de grandes puissances se réunit en Allemagne
pour s’organiser en système autour des terres africaines, les territoires aux embouchures
du fleuve Congo sont à l’honneur pour les mauvaises raisons, ce sera le début des travaux de la fameuse conférence de Berlin. Des royaumes sont pris,
annexés, et réunis sous les frontières de la RDC que nous connaissons
actuellement. Le Congo de Léopold II est né, et sa vocation suprême inavouée
est d’être une usine humaine à ciel ouvert pour les pays dits riches et leurs
multinationales.
Mais là encore, c’était mal connaitre les Congolais…
En deux temps trois mouvements, les offensives de résistances s’enchaînent
les unes après les autres. La Belgique perd énormément d’hommes sur le terrain
des affrontements, mais Léopold II reste très flou sur les chiffres pour
ne pas provoquer un tollé au parlement belge. Une chose était cependant claire :
les Congolais n’allaient pas se laisser faire. Certains peuples comme les Tshokwes
vont lutter intensément sur vingt longues années avant d’être obligés de
déposer les armes, les yakas (bayaka) se battront pendant dix ans et la guérilla
des chefs Kandolo, Yamba-Yamba et Kimpuki durera treize ans.
Lorsqu’arrive finalement l’indépendance le 30 juin 1960, plusieurs voient
cela comme un "test de maturation" pour les Congolais. Ces
observateurs pensent qu'ils échoueront lamentablement. Encore une
fois, les prophètes de malheur seront déboutés. Non seulement les Congolais
font preuve d’un vivre ensemble exemplaire, mais en plus, tous ces différents
groupes linguistiques acceptent d’utiliser le lingala, langue d’un clan parmi
tant d’autres, comme leur lingua franca. Cette position linguistique est plus
que louable et peut servir de modèle mondial. Elle contourne ainsi une pratique
courante en Afrique où souvent personne ne veut parler la langue de l’autre,
alors tout le monde communique dans la langue coloniale, cette dernière faisant
office de langue tutélaire plus d’un demi-siècle après les indépendances.
Assumer son rôle stratégique
De Frantz Fanon à Che Guevara, tous les grands penseurs de la moitié du
20e siècle qui ont phosphoré sur la question africaine arrivent à la
même conclusion : du Congo partira la libération de l’Afrique et la mise
en terre de l’impérialisme. Ce n’est pas de la flatterie envers les habitants
du Congo, mais une froide analyse géostratégique. Ernesto Guevara était prêt au
sacrifice suprême pour le Congo. En 1965, par la frontière tanzanienne, il rejoignit
l’est du Congo accompagné d’un petit groupe de 13 Afro-Cubains, pour prêter
main-forte aux rebelles lumumbistes avec la ferme volonté d’en découdre une
fois pour toutes avec le néo-colonialisme en Afrique.
Le Che n’était pas le seul étranger à avoir rêvé d’un Congo grand et
réellement indépendant. Avant lui, des Camerounais, Sénégalais, Ghanéens et
autres anonymes ont été des chevilles ouvrières pour arriver aux célébrations
du 30 juin 1960.
Les Congolais doivent se rappeler de cela et comprendre que
l’aboutissement de l’indépendance du Congo a été une des œuvres panafricaine les plus réussites au monde.
En comprenant ce rôle essentiel de plaque tournante, les Congolais ne
doivent pas se renfermer dans un entre-soi, mais laisser un espace pour les
vrais amis du Congo.
Le peuple congolais n’a donc pas à s’embarrasser devant sa situation
actuelle qui est difficile. Il subit l’une des agressions expansionnistes des
plus longues et sanguinaires de l’histoire.
Mais, croire qu’ils vont se laisser faire serait mal connaitre les
Congolais…
Joyeux 62e anniversaire de l’indépendance !
Mayamba Wa Luboya
*Crédit image :
<a href="https://fr.freepik.com/photos/continent-africain">Continent
africain photo créé par Allexxandar - fr.freepik.com</a>
dimanche 27 mars 2022
Fimbu : pourquoi les Léopards doivent absolument changer de slogan
Fimbu, qui signifie chicotte en lingala, est devenue l’expression omniprésente sur le terrain et dans les estrades à Kinshasa. Le terme a d’abord été popularisé par le chanteur Félix Wazekwa dans un titre homonyme qui sert de musique officielle pour le onze congolais. La chanson fimbu est aussi accompagnée d’une danse qui est une mimique d’un coup de fouet. C’est ce geste que font les joueurs congolais pour célébrer un but ou une victoire. L’idée derrière le concept est d’avertir l’adversaire que les léopards fouettent leurs rivaux et que tous ceux qui se dresseront sur leur route seront chicotés.
Tout cela serait beau si le "fimbu" n’était pas associé à une des périodes les plus sombres de l’histoire du Congo. En effet, si la chicotte est dans l’esprit des Congolais aujourd’hui, c'est parce qu'il n’y a pas si longtemps leurs grands-parents l’ont vécu dans leurs chairs.
Tout commence en 1890, cette année-là en Irlande, John Dunloop, à travers sa compagnie qui porte son patronyme, se lance dans la fabrication de pneus en caoutchouc. Cette idée va révolutionner l’industrie du vélo et celle de l’automobile. Des sociétés comme Goodyear, Michelin et autres sont dans la conception de pneumatique. Il y a alors une course mondiale au caoutchouc, et le Congo en regorge. À cette époque l’espace congolais est la "propriété privée" de Léopold II, Roi des Belges. Léopold II plonge tête première dans cette ruée vers le caoutchouc et il est extrêmement pressé, car il voit arriver la compétition du caoutchouc d’Amérique latine et de l’Asie. Le Roi des Belges ordonne ainsi à ses agents au Congo d’obliger les captifs congolais à accélérer la cadence de travail par tous les moyens nécessaires.
La chicotte devient l’ordre sur le chantier. Les hommes qui ne ramènent pas assez de caoutchouc sont chicotés et on va même jusqu’à kidnapper leurs femmes comme moyen de pression. Les plus récalcitrants sont simplement assassinés et coupés la main comme preuve et trophée.
C’est par ce régime de "fimbu" que le caoutchouc devient la principale source de revenu de Léopold II et que des entreprises, aujourd’hui multinationales, prennent leur envol.
Ainsi, contrairement à la croyance populaire les châtiments corporels dans l’éducation des enfants ne font pas partie des traditions congolaises.
Par traumatisme, la famille congolaise est devenue le prolongement du système colonial. La majorité des caractéristiques du colonialisme y sont recopiées : le père remplace le colon (froid, distant et méchant), le privilège des membres plus claires de peaux, et la fameuse chicotte dans toutes les maisons comme elle était dans tous les bureaux des administrateurs coloniaux.
La nouvelle génération de Congolais doit combattre le syndrome de Stockholm et comprendre que la chicotte est un produit importé. Chanter et danser "fimbu" est une honte nationale et une insulte à nos ancêtres.
C’est comme si aujourd’hui, des
juifs feraient d’un instrument de torture durant l’holocauste, le principal
slogan de leur équipe nationale de football.
Mayamba Wa Luboya
lundi 3 mai 2021
L’origine Kongo du tango
Vous avez sûrement déjà entendu parler du tango, cette danse à deux ou quatre temps, improvisée ou chorégraphiée, selon les tendances.
La littérature
dominante nous dit qu’elle est née en Argentine vers 1880 dans les quartiers
chauds de Buenos Aires. La danse a pris une «
cure de noblesse » au début du 20e siècle en étant
acceptée par la classe bourgeoise argentine et après un passage dans les adresses
huppées de Paris.
Le tango, nous disent donc plusieurs spécialistes
de la question, est un enfant argentin tirant légèrement son influence, du
moins sa structure rythmique, de la habanera de Cuba.
Le hic est que le mot tango n’existe
pas dans le lexique espagnol.
Pour pallier ce vide, un débat étymologique assez amusant a
pris forme. Dans ce palabre, la surenchère des hypothèses étonne. En effet, une
liste d’auteurs, d’historiens, de musicologues avance des affirmations assez
insolites. Il y a les plus créatifs pour qui le tango viendrait d’un vocable japonais,
car il serait l’homonyme d’une ville, une région et une fête nationale au pays
du Soleil-levant.
Il y a les
nostalgiques qui veulent, mordicus, ressusciter le latin en soutenant que tango
viendrait de cette langue morte où le verbe tangere signifie
toucher, et dont tango voudrait littéralement dire : je touche.
Mais la
palme revient sans équivoque aux plus aventuriers, selon eux, tango viendrait
de Tang-Ho, une région d’Indochine d’où auraient fuient les Tsiganes et
autres peuples nomades pour immigrer en Europe après avoir été chassé de l’Inde
par les invasions turques et mongoles…
Curieusement,
ces auteurs ne questionnent pas les langues africaines. Et pourtant, déjà au
début du 19e siècle à Buenos Aires, on appelait tango les maisons où les noirs organisaient leurs fêtes.
La vérité
est que tango vient du kikongo. En effet, en kikongo et en lingala, tango signifie
le temps. Tango s’écrit aussi ntango et ntangu et dans la plupart des langues congolaises
le o & u sont interchangeables pour la majorité des mots.
Plus que le
simple mot, la danse même vient du patrimoine culturel Kongo.
En effet, tout
commence en 1719, cette année-là 450 Africains sont traînés de force en
Louisiane pour y subir l’esclavage. Néanmoins, les autorités décrètent le dimanche
comme un jour férié pour ces esclaves. Pour profiter de leur congé, ils vont dans
un espace pour chanter et danser.
Cet espace
sera plus tard baptisé comme étant le fameux Congo Square de La Nouvelle-Orléans
(la Place Congo).
Place Congo,
parce que la majorité des esclaves viennent du Royaume Kongo, même s’il y a
aussi des Wolofs, des Bambaras, des Fulanis, d’autres peuples non archivés, et
plus tard, des Haïtiens. Mais, Congo aussi parce que tous les esclaves étaient
appelés kongos dans un processus raciste de stéréotypisation.
C’est dans
cette Place Congo que ces hommes et femmes noirs se mettent à pratiquer
plusieurs danses amenées de leur terre mère. La culture Kongolaise s’impose vu qu’elle
était celle de la majorité. C’est donc à cette période, dans ce petit carré,
que l’on répertorie pour la première fois la danse du tango en occident.
C’était un jour
de 1786, un évêque du nom de Cyrillo de Barcelona formule une plainte au sujet
des noirs qui dansent sur la Place Congo à l’heure de son culte. En réponse à
cette protestation, le gouverneur, un certain Esteban Miró confirme qu’il va interdire « los tangos, o bailes de negros » (les
tangos ou danses des noirs).
L’empire espagnol
qui détient les territoires de l’Argentine et de Cuba à cette époque va aussi
être propriétaire de la Louisiane de 1766 à 1800, soit à la même période du développement
de la Place Congo.
À la fin du
18e siècle, plusieurs colons quittent Saint-Domingue (ancienne Haïti)
pour échapper à la révolution qui mènera à l’indépendance d’Haïti. Dans cette
fuite, ces colons partent avec leurs esclaves pour s’installer à Cuba. C’est à Cuba
que ces esclaves venant de Saint-Domingue produisent des tangos. Les Cubains de
l’époque apprécient tellement la danse qu’il se l’approprie et la nomme
habanera, qui signifie, « de La Havane ».
C’est cette
habanera ensuite transportée à Buenos Aires et la présence des Africains venant
de Cuba qui est à la source de que l’on appelle aujourd’hui, le « tango argentin ».
C’est aussi grâce
à la présence de la danse à Saint-Domingue et à Cuba que l’on sait que le tango
était connu de tous les kongos, et n’a donc pas été inventé qu’une fois en esclavage
en Louisiane.
Ce qui est
encore plus surprenant est que ces esclaves sont les parents de la tangothérapie.
En effet, de récentes études en psychanalyses prouvent les potentialités psychothérapeutiques
du tango.
De là où il est, l’évêque Cyrillo de Barcelona sait maintenant pourquoi
ces hommes et femmes africains dansaient le tango sur la Place Congo au lieu d’assister
à sa messe…
Mayamba Wa
Luboya
Sources :
Congo Square,
racines africaines de La Nouvelle-Orléans
Paris,
Buenos Aires : un siècle de tango
Tango dico :
Dictionnaire voyageur et initiatique du tango
Tango argentin
et psychanalyse
Voir aussi :
Le documentaire tango negro du réalisateur angolais Dom Pedro
jeudi 18 février 2021
Suivez mon blogue sur Mediapart !
Bonjour chers lecteurs,
Veuillez suivre mon nouveau blogue sur Mediapart et consultez mon nouveau texte :
Ainsi parlait Lumumba | Le Club de Mediapart
J'écrirai simultanément ici et là-bas.
Merci de votre fidélité,
Mayamba Luboya
mardi 30 juin 2020
Crispin-Pierre Luboya ou l’éminence grise
Au siècle dernier, l’écrivain George
Santayana nous avertissait que « ceux qui ne peuvent se souvenir de leur passé
sont condamnés à le répéter ».
Plus récemment, le grand savant
congolais Théophile Obenga en rajoutait en disant : « il faut avoir
peur de l’histoire », toutefois le célèbre polymathe ne parlait pas ici de la peur
qui paralyse, bien au contraire, mais celle qui protège, celle qui permet de
voir le danger de loin.
L’histoire n’échappe pas à notre hommerie,
elle est politisée, influencée pour tel ou tel dessein. Dans les sociétés où la
parole était sacrée, l’écrit n’était pas forcément le véhicule par excellence
pour transporter l’histoire. Par la mémoire familiale et clanique, par les
chants folkloriques, l’histoire arrivait à destination sans grande égratignure.
Cette histoire portée par la voix des anonymes, longtemps stationnée dans les
secrets des murs, c’est celle de plusieurs hommes et femmes qui ont participé à
la vie politique, économique, artistique, et autres, de la République
démocratique du Congo. C’est le cas de Crispin-Pierre Luboya Musungayi, cerveau moteur
derrière le 1er premier ministre de la 2e république de
la jeune nation congolaise, le général Léonard Mulamba.
En pleine période coloniale, c’est tout
d’abord à l’INEAC (Institut National pour l’Étude Agronomique du
Congo ), que le jeune Crispin-Pierre Luboya commence sa carrière professionnelle.
Le diplômé d’agronomie y rentre comme simple employé. Sa grande performance est
vite remarquée par les colons belges chargés de superviser la société d’État. Rapidement,
il est catapulté au sommet de l’organisation en tant que Directeur.
Après l’indépendance, au début des années 60, à la mi-trentaine, il fait la rencontre du colonel Léonard
Mulamba. Ce dernier est alors hospitalisé après avoir été légèrement blessé sur
le terrain des opérations.
De là naît une forte amitié et un
respect mutuel : Luboya frappé par la vaillance du jeune militaire, et celui-ci,
admiratif de la vivacité d’esprit de son nouvel ami. D’ailleurs, un des fils de
Crispin-Pierre Luboya né quelques années après cette rencontre sera nommé Léonard
Mulamba Luboya.
Un duo-choc et complémentaire :
Mulamba, l’homme de terrain et meneur d’hommes au champ de bataille. Luboya, l’intellectuel
de haut vol, dont la légende dit qu’il écrivait en dormant…
Vite, les choses s’accélèrent. Le
24 novembre 1965, Mobutu prend le pouvoir par la force. Un Mobutu timoré, encadré
par les Américains, a besoin d’un homme fort qui aura le contrôle de l’armée
comme premier ministre. Le colonel Mulamba est tout désigné pour le job :
il tient l’armée, est républicain et aimé de tous les corps habillés. Il est officiellement
nommé premier ministre ce même jour.
À son tour, le nouveau premier ministre,
a lui, besoin d’un homme d’esprit. Il nommera alors Crispin-Pierre Luboya comme
son secrétaire particulier, vieille appellation pour conseiller spécial. Dans
la foulée, il lui offre aussi le fauteuil de directeur de cabinet.
À la tête du bureau de la primature,
Luboya met la machine en marche : il organise l’institution, distribue les
postes, et écrit plusieurs discours du premier ministre.
Mais, les raisons pour lesquelles
Mobutu a choisi Mulamba comme premier ministre sont aussi celles qui commencent
à lui faire craindre le personnage. La popularité du Colonel, devenu général
entre-temps, agace le dictateur. C’est qu’à l’est du Congo particulièrement, où
le Général Mulamba est élevé au rang de héros après sa victoire sur la rébellion,
on le surnomme « l’homme de Bukavu ».
La méfiance de Mobutu s’intensifie surement
lorsque ses conseillers américains, la CIA, l’avisent que son premier ministre
encombrant dont la notoriété ne cesse de croître, rajouté à l’aide de son fameux
conseiller spécial aux milles idées, représentent une menace réelle au pouvoir
de leur poulain.
Ainsi, à peine 11 mois après l’avoir
ordonné premier ministre, Mobutu se débarrasse du Général en le nommant
ambassadeur du Congo en Inde. Crispin-Pierre Luboya est du voyage où il est consacré
2e personnalité de l’ambassade. Il occupera la même fonction à l’ambassade
du Japon.
Mais, des années après, le pouvoir
de Kinshasa aura finalement raison du redoutable conseiller de l’ombre. Luboya
est licencié de son poste de diplomate, et prié de regagner le Congo, car ses
immunités seront levées dans un délai extrêmement court.
De retour au pays, il ne sera plus jamais
dans la politique active.
L’ironie de l’histoire est que cet homme
de lettres, qui a tant prêté sa plume aux autres, n’a jamais rédigé ses mémoires. Ces dernières
vivent dans les souvenirs de ceux et celles qui l’ont côtoyé. Leurs témoignages,
leurs anecdotes, constituant une sorte de page Wikipédia de la tradition
orale.
Bonne fête de l’indépendance du
Congo 2020
Mayamba Luboya
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