![]() |
Frantz Fanon, Psychiatre et intellectuel engagé contre l’aliénation coloniale. |
Début 1960, années de tous les espoirs. Après près d’un siècle sous un nuage colonisateur, les africains allaient désormais voir le soleil de l’indépendance. En effet, tour à tour, le vent de la liberté souffle sur le sable saharien : Ghana, Congo, Algérie, Kenya, et la liste continue, la férocité des dominants, n’a pu contenir, cette fois, la volonté des dominés.
Il parait que les situations difficiles créent des
hommes forts, l’adage ne pourrait être plus vrai dans le cas de l’Afrique des années
60. L’humiliation d’être considéré comme des humains inférieurs à crée des N’krumah,
Lumumba, Kenyatta. Tous ce beau monde au même endroit et au même moment, la
table était mise pour ce fameux repas qui se mange froid.
La puissance de feu des occupants n’a rien pu faire
contre ce momentum. Les leaders et le peuple ont sabrés le champagne, dansés «
Independance cha cha » pour célébrer cette sortie du statut de colonie.
Bien entendu, les envahisseurs n’avaient pas dit leur
dernier mot. Ils disposaient, vraisemblablement, d’un plan à long terme. À la
minute qu’ils cèdent l’indépendance de la main gauche, ils imposent le
néocolonialisme par la main droite : soutient de béni-oui-oui à la
présidence à vie, assassinats de leaders populaires, détournement de l’élite de
l’intelligence par l’immigration choisie après la création d’un climat
invivable pour intellectuels, brefs, les maîtres du monde n’y sont pas aller de
main morte pour reprendre le contrôle de ce qu’ils considèrent comme leur
terrain privé.
L’erreur serait de croire que la colonisation n’était
qu’une affaire de terre, elle était surtout, une affaire d’esprit. Les indépendances
ont remis, juridiquement parlant, les clefs des frontières aux autochtones. Mais
l’esprit est resté enchaîné, comme s’il s’agissait d’une clause non-négociable
d’un pacte colonial. J’ai envie de dire que cela est normal, on ne reprend pas
possession d’un corps humain comme on se rapproprie un poste frontalier. Ce dernier
n’a pas d’âme, il n’est pas soumis aux lois du spirituelle.
Aujourd’hui, près de six décennies suivant son indépendance,
l’africain est toujours en quête de sa repossession. Il a une longue liste de
réflexes à éliminer avant de se posséder entièrement. Il ne suffit qu’à penser
aux critères de beautés, pervertis par un sentiment d’infériorité, résultante de
siècles de lobotomisation. Ainsi, on associera plus beau à plus clair, à une
chevelure plus lisse, à un nez plus fin.
C’est que l’aliéné méprise tout ce qu’il possède,
déteste tout ce qui lui ressemble. Il est de cette catégorie de gens pour qui
la pelouse est toujours plus verte chez le voisin.
Alors, il boudera sa langue locale au profit de l’occidentale.
Il cachera son prénom pour celui de l’autre, il maîtrisera parfaitement l’histoire
des peuples étrangers, mais aura des trous de mémoires quant à la sienne.
L’aliénation est subtile, elle est ce qu’il y a de
plus vicieux. Elle crée un malaise chez l’atteint dès l’instant où il tente de
se remettre en question.
Car, sortir de ce déséquilibre, c’est combattre son
adversaire le plus coriace. Celui qui connait toutes nos faiblesses : soi-même.
L’estime de soi est la colonne vertébrale de l’individu,
sans elle on est bancal, éternel assisté, supporté par les béquilles du complexe,
à la merci de singer le premier venu.
Maintenant, la grande question est : comment
mener un combat dans cet état d’esprit ? La réponse est : impossible. Même
les conseillers en organisation suggèrent comme, condition sine qua non, de d’abord faire le grand ménage de sa maison avant d’envisager
mettre de l’ordre dans sa vie et carrière professionnelle.
Ainsi, les indépendances de 60 nécessitaient une
réforme agraire et nationalisation des entreprises.
Au tour de la nouvelle génération de lutter à mettre en
application les préalables incontournables qui mèneront vers …l’indépendance
mentale.
Mayamba Luboya