lundi 15 février 2016

Éloge du radicalisme


Le poète français Paul Valery disait que « le monde ne vaut que par les extrêmes et ne dure que par les moyens. Il ne vaut que par les ultras et ne dure que par les modérés ». J’ose croire que l’homme de lettres avait raison. Ce n’est peut-être pas politiquement correct mais c’est intellectuellement honnête.

Le radical est celui qui trace la route pour le modéré. En fait, le modéré ne fait que récolter ce que le radical a semé. C’est au radical que revient la charge de forcer le déroulement des choses, de durcir le ton. Une tâche ingrate puisqu’elle lui bloquera l’accès à la suite du processus. Il ne récoltera pas les honneurs, ni ne profitera de la gloire. Mais, toutes ces choses sont plus ou moins indifférentes au radical. Ce qui compte dans l’esprit radicalisme c’est d’appeler un chat un chat, ne pas accepter l’inacceptable, ne pas boire l’imbuvable.

Les lauriers reviendront au modéré, ce dernier sera l’interlocuteur valable, au bon endroit, au bon moment.

En effet, il est rare qu’un radical prenne le pouvoir, et encore plus surprenant, qu’il le conserve. Castro l’a fait à Cuba, mais par une force excessive. Lumumba au Congo n’a été au pouvoir que deux maigres mois. Quant à Chavez, fait inusité, il a été le tempéré de son propre extrémisme. En 1998 il était candidat aux élections présidentielles vénézuéliennes, juste au bon endroit, au bon moment pour cueillir les retombées de son coup d’état manqué de 1992. 

Pour la majorité, les radicaux sont des « opposants historiques » ou des faiseurs de rois.

Malheureusement, une confusion générale voudrait associer radicalité et violence. Le mot à la mode : terroriste. Pourquoi mélanger les sujets ? Un terroriste, c’est terroriste, un point un trait. Le terrorisme n’a pas le monopole du radicalisme.

Pour illustration, citons ici trois radicaux notoires ; Malcolm X, Dr. Étienne Tshisekedi et Charles Ble Goude. Ces messieurs n’ont jamais fait de mal à une mouche. Pour les deux derniers, je ne pense même pas qu’ils ont déjà touché un fusil de leur vie. Et pourtant, le premier a été assassiné, le second en résidence surveillée pendant plusieurs mois, et le troisième est actuellement incarcéré à la CPI.  
Leur crime a été de dire la vérité sans filtre et de faire carrière selon cet idéal. Un faux pas sur cette piste de danse où  « faire l’autruche » semble être la chorégraphie générale.

L’oppresseur est tellement vicieux qu’il arrive à diaboliser l’image de l’oppresser, et le faire passer pour un bourreau.

Cette tactique fonctionnera tant et aussi longtemps que, collectivement, on associera radicalité à méchanceté ou violence.

Oui bien sûr, il faut de la diplomatie. Oui bien entendu, il faut de la courtoisie, mais tout cela reste l’emballage. La couverture peut être diluée tant que le contenu reste 100% concentré.


Parce qu’à mettre trop d’eau dans son vin, on finit par boire de..l’eau.

 

Guy-Serge Luboya

 

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